Innovation

Aurélie Mosse, à la croisée du design et des sciences du vivant

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Designer et chercheuse, Aurélie Mosse explore les frontières entre art, technologie et écologie. Cofondatrice du groupe de recherche Soft Matters à l’École des Arts Décoratifs - PSL, elle imagine des matériaux innovants en associant design textile et biotechnologies.
Rencontre avec cette créatrice dont la démarche, ancrée dans l’interdisciplinarité, inspire des solutions concrètes pour un avenir plus durable. 
 

Dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, Aurélie Mosse donne vie à ses idées novatrices au sein du laboratoire de recherche de l’École des Arts Décoratifs-PSL, EnsadLab. Des couloirs sinueux, baignés d’une teinte ocre, conduisent au laboratoire, un espace bouillonnant de créativité où se mêlent plantes vertes, imprimantes 3D et prototypes en tout genre. Bien plus qu’un bureau, c’est un terrain d’expérimentation et de collaboration, l’âme du groupe de recherche Soft Matters, qu’elle a cofondé avec son collègue Jean-François Bassereau en 2015.

 

Aurélie Mossé

Développer technologies écologiques, mais aussi poétiques 

Aurélie Mosse n’a pas toujours envisagé une carrière dans la recherche académique. Son premier amour ? La mode. Enfant, elle écrit une lettre au célèbre couturier Christian Lacroix, qu’elle accompagne de quelques croquis de vêtements. « Il m’a répondu avec beaucoup de bienveillance, en m’incitant à continuer à explorer ma créativité », se souvient-elle. Un précieux conseil qui sonne aujourd’hui comme une prédiction, la créativité occupant une place centrale dans la carrière de la chercheuse et designer.

Lors de son master au prestigieux Central Saint Martins College of Art and Design de Londres, elle remporte un prix lui permettant de collaborer avec Philips Design sur un projet mêlant technologie et design. Elle commence alors à développer un concept de papier peint qui change de forme selon la lumière, s’inspirant des matériaux photovoltaïques. Elle décide de poursuivre son projet en doctorat. Ainsi, elle s’envole pour le Danemark et la Royal Danish Academy, où elle est encadrée au sein du centre de recherche CITA par Mette Ramsgaard Thomsen, architecte, et Carole Collet, designer textile. En 2015, elle soutient sa thèse, qui explore comment les textiles et matériaux qui changent de forme peuvent contribuer à la formation d’un environnement maison   sous-tendu par des valeurs d’interconnectivité.

Pour Aurélie, le design dépasse largement l’esthétique ou la fonctionnalité ; c’est un outil essentiel pour relever les défis environnementaux. « Nous sommes conscients que notre modèle de production actuel présente de sérieux problèmes et qu’il n’est pas viable sur le long terme Â», admet-elle. C’est cette prise de conscience qui l’a poussée à s’engager dans la recherche, avec l’ambition de contribuer à développer des solutions plus respectueuses de l’environnement.

Un laboratoire au service de l’interdisciplinarité

De retour en France, Aurélie Mosse fonde le groupe de recherche Soft Matters, au sein du laboratoire Ensadlab, qui incarne parfaitement sa vision : un espace où les disciplines se croisent et s’enrichissent. C’est aujourd’hui un véritable lieu de rencontre où se côtoie une quinzaine de personnes : doctorants, postdoctorants, assistants de recherche ou chercheurs associés.

L’un des premiers projets du laboratoire : Cardepar cherche à trouver une alternative écologique au carton plume, très utilisé pour réaliser toutes sortes de maquettes et de collages photographiques. En exploitant des déchets et chutes de papier, l’équipe développe un matériau innovant, qui aboutit au dépôt d’un brevet grâce au soutien de l’±«²Ô¾±±¹±ð°ù²õ¾±³Ùé PSL. 

Un autre projet emblématique est ImpressioVivo. En s’appuyant sur la matière développée pour Papier Plume, l’équipe a mis au point un procédé combinant impression 3D et éco-conception à l’aide d’une bactérie, Sporosarcina pasteurii. Cette bactérie renforce la matière imprimée en la rigidifiant grâce à un processus de calcification. Elle confère également des propriétés ignifuges, rendant le matériau difficilement inflammable, tout en lui procurant une résistance et une durabilité accrue. Les applications sont nombreuses : « packaging, décoration murale, petit mobilier, revêtement avec des avantages acoustiques et thermiques Â», détaille Aurélie. Un brevet s’apprête à être déposé pour ce projet , ouvrant la voie à de nombreuses perspectives d’exploitation.

Ces premières réussites sont les reflets de ce que le groupe Soft Matters aspire à accomplir dans les années à venir, consolidant son rôle de précurseur dans l’innovation durable. Pour mener à bien tous ces projets le laboratoire bénéficie pleinement de l’écosystème offert par PSL. Le programme doctoral pionnier de PSL, SACRe  permet à l’Ecole des Arts Décoratifs-PSL de mener des projets de recherche doctoraux par l’art et le design à l’interface des sciences, « un atout essentiel pour attirer et former de jeunes chercheurs talentueux ! Â». L’écosystème PSL facilite également le développement de projets de valorisation grâce au soutien très précieux de PSL Valorisation, qui accompagne le laboratoire dans les démarches de dépôt de brevets et apporte un soutien financier pour mener des projets de pré maturation. Enfin, l’environnement interdisciplinaire favorisé par l’±«²Ô¾±±¹±ð°ù²õ¾±³Ùé PSL stimule le dialogue entre des domaines variés, « un élément clé pour mener à bien tous nos projets Â», souligne la chercheuse.

Inspirer les générations futures

À l’approche des dix ans de Soft Matters, Aurélie Mosse regarde vers l’avenir avec enthousiasme. Son parcours atypique, mêlant sensibilité artistique et rigueur scientifique, a de quoi inspirer de nouvelles générations de designers et chercheurs. « L’enjeu, c’est de continuer à imaginer des matériaux et technologies qui contribuent à des futurs plus résilients Â», conclut-elle, « afin de trouver des modes de faire et de penser Â» qui permettent une cohabitation durable entre humains, et non-humains.

 

AM

Parcours et réalisations marquantes


2008: Master au Central Saint Martins College of Art and Design (Londres)
2015: Doctorat à la Royal Danish Academy (Danemark)
2015: Cofondation du groupe de recherche Soft Matters au sein d’EnsadLab, l’unité de recherche de l’Ecole des Arts Décoratifs - PSL 
2021-2025: Projet ImpressioVivo accepté par l’ANR (AAP Jeunes Chercheurs Jeunes Chercheuses) 
2023-2026: Partenaire du projet européen SOFTWEAR financé par la Commission Européenne (Projet Horizon Europe – MSCA DN)
 

Le Pôle PSL Innovation, l'excellence académique au service de l'innovation


L’±«²Ô¾±±¹±ð°ù²õ¾±³Ùé PSL, lauréate de  l’appel Pôles Universitaires d’Innovation, a obtenu un financement de 11 M€ sur 4 ans pour renforcer son écosystème d’innovation, un signe de reconnaissance de la dynamique de son écosystème, et un succès qui a permis la création du Pôle PSL Innovation. 
 
Le Pôle PSL Innovation a pour missions principales de structurer, coordonner et amplifier les actions de valorisation et de transfert de technologie réalisées par les établissements membres et les organismes associés, tout en renforçant les liens et la coopération entre l’±«²Ô¾±±¹±ð°ù²õ¾±³Ùé PSL et le monde socio-économique, afin de maximiser l'impact de la recherche réalisée par ses communautés. 
 
Le Pôle PSL Innovation c’est : 
Un périmètre large et interdisciplinaire : Il embrasse l’innovation sous toutes ses formes, l’ensemble des disciplines et des domaines d’application  
Un programme et des offres sur mesure Ã  destination des doctorants, chercheurs, ingénieurs, enseignants, personnels soignants, et de nos partenaires socio-économiques. 
Une dynamique exceptionnelle, portée par PSL Valorisation et par les autres acteurs de l’écosystème PSL, qui sera encore renforcée pour maximiser l’impact sociétal et économique.