Brigitte Leridon : révolutionner le stockage de l’énergie
Chargée de recherche CNRS au laboratoire de physique et d'étude des matériaux (LPEM, CNRS / ESPCI Paris – PSL / Sorbonne Ծé), Brigitte Leridon est également CEO et co-fondatrice de PioniQ Technologies, start-up incubée par PC'UP, l'incubateur deeptech de l'ESPCI Paris – PSL.
La supraconductivité, comme fil d’ariane
Passionnée de sciences depuis l’enfance, Brigitte Leridon s’oriente très tôt vers des disciplines théoriques, fascinée par « les mathématiques et l’abstraction ». Lorsqu’elle est en deuxième année à l’ESPCI Paris – PSL, une découverte majeure transforme les recherches émergentes dans l’univers de la supraconductivité.« C’était une époque fascinante. Découvrir que des matériaux pouvaient être supraconducteurs à des températures bien supérieures au zéro absolu a transformé notre compréhension du phénomène ». Pierre-Gilles de Gennes, alors directeur de l’ESPCI Paris - PSL, suspend l’ensemble des cours pendant deux jours pour que les élèves puissent assister aux conférences dédiées à la thématique.
« Le voir expliquer cette révolution en direct a été un déclic pour moi. Je savais que je voulais consacrer ma carrière à ce sujet », se souvient-elle.
Elle enchaîne avec une thèse entre l’ENS - PSL et l’Observatoire de Paris - PSL, mêlant théorie et applications concrètes. « Je travaillais sur des détecteurs pour la radioastronomie, tout en travaillant sur une propriété fondamentale: l’effet Josephson. Ensuite je suis entrée au CNRS et j’ai choisi d’explorer le potentiel et les propriétés fondamentales de nouveaux matériaux supraconducteurs. Ces recherches pouvaient révolutionner la technologie : imaginer des supraconducteurs à température ambiante bouleverserait la production et la consommation d’énergie, nous pourrions acheminer le courant sans aucune perte, économiser sur la production d’énergie, créer des champs magnétiques intenses, ou même faire léviter des objets… Cela permettrait aussi de révolutionner l’électronique. » explique-t-elle, passionnée encore aujourd‘hui par les possibilités qu’offrent ces avancées.

Une « découverte fortuite »
En 2016, Brigitte Leridon fait une découverte majeure en étudiant des matériaux lamellaires à base d’oxydes de cuivre et de titane. Ces matériaux - qui ne sont pas du tout des supraconducteurs (!), montrent des capacités inédites de stockage d’énergie, sans utiliser de métaux critiques comme le lithium ou le cobalt. "Cette découverte a ouvert une toute nouvelle perspective. Nous avons déposé un premier brevet, accompagné par PSL Valorisation, c’était fantastique, parce qu’ils nous ont tout de suite aiguillés, mis en contact avec un cabinet de brevets, ont géré les co-tutelles. Pour un chercheur, c’est énorme d’avoir un tel soutien, car cela permet de se consacrer sur ses recherches sans s'éparpiller” , explique-t-elle.
Cette innovation repose sur des matériaux abondants, sûrs et facilement accessibles, répondant à des enjeux environnementaux et industriels majeurs. Convaincue du potentiel de sa technologie, la chercheuse poursuit ses travaux avec des partenaires académiques (CNRS, ESPCI-PSL et Sorbonne Ծé) et dépose un second brevet en 2023, posant les bases de PioniQ Technologies.
De nouvelles batteries, plus durables et écologiques
Brigitte Leridon franchit le pas en 2023, obtient une mise à disposition de la part du CNRS et co-fonde PioniQ Technologies avec Rémi Federicci, ancien doctorant, et Clément Barraud, collaborateur de longue date. “L’expérience montre que si personne ne s’empare rapidement des brevets déposés, ils débouchent rarement sur quelque chose de concret, j’en étais consciente”.
Soutenue par , un fonds d’investissement dédié aux technologies quantiques et également accompagnée par PC’UP l’incubateur de l’ESPCI Paris - PSL, la start-up se donne pour mission de développer des dispositifs de stockage d’énergie révolutionnaires basés sur des matériaux quantiques.
"Notre technologie permet de concevoir des batteries miniatures, comme celles utilisées dans les smartphones, avec moins de risques, plus de durabilité et une empreinte écologique réduite", explique-t-elle. L’ambition de PioniQ ne s’arrête pas là : à terme, elle souhaite adapter ses innovations pour des applications dans la mobilité électrique et l’industrie lourde. Brigitte Leridon nous confie être d’ailleurs en discussions avec de grands groupes, afin de signer des partenariats. Et pourquoi ne pas développer un « proof of concept », une démonstration de faisabilité, en lien avec de potentiels partenaires industriels. Avec une équipe qui devrait atteindre une dizaine de collaborateurs en 2025, PioniQ Technologies se concentre sur la réalisation d’un prototype fonctionnel et d’un jumeau numérique pour démontrer l’efficacité de sa technologie.
"Si notre technologie tient ses promesses, le marché est colossal", conclut Brigitte Leridon. La problématique de l’énergie et des batteries touche en effet à d’innombrables secteurs, applications, et bien sûr clients. Pour le moment, la start-up Pioniq se concentre sur le vaste univers de l’IOT, les objets connectés.Selon Strategy Analytics, il y en avait 22 milliards dans le monde en 2023, et ce chiffre déjà énorme pourrait être multiplié par deux d’ici 2030.
En parallèle,elle reste fidèle à ses racines académiques, en conservant un pied dans la recherche et en s’impliquant dans la vulgarisation scientifique. En 2022, elle a publié un ouvrage sur la physique et la supraconductivité, destiné aux enfants. Avec l’envie de transmettre sa passion et son enthousiasme pour ces thématiques aux jeunes générations, qu’elle-même a ressentisen les découvrant durant ses études…
Pioniq a été sélectionnée en tant que finaliste “Emerging Pioneer” par dans la catégorie Energie, et par le magazine Le Point come “entrepreneurs de l’année” dans la catégorie “Quantique”.

Parcours et réalisations marquantes
1991 : Diplômée de l’ESPCI Paris - PSL
1994 : Doctorat à l’École Normale Supérieure (ENS) – PSL
1995 : Entrée au CNRS
2016 : Dépôt de son premier brevet
2022: Projet sélectionné pour le programme RISE de CNRS Innovation
2023 : Co-fondation de PioniQ Technologies